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La dette publique fragilise l’Etat mais pas l’ensemble des entreprises françaises

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27 octobre 2026

La dette publique française se dégrade. Faut-il en conclure que toutes les entreprises françaises seront également et durablement pénalisées sur les marchés ? Ce serait une erreur.

Dans le contexte social explosif que l’on connaît, le mur de la dette publique française paraît chaque jour plus insurmontable. Elle devrait atteindre 119,3% du PIB en 2026 et même plus de 130% à horizon 2030, selon Bercy. Ce n’est certes pas une spécificité française, car la dette souveraine mondiale atteint un niveau record à 61.000 milliards de dollars fin 2025. Mais ce n’est qu’une bien maigre consolation de le souligner, tant s’installe une défiance durable à l’égard de notre Etat. Avant même les émeutes urbaines du 17 octobre, la France suscitait déjà préoccupations et incompréhensions au-delà de nos frontières et le Washington Post l’identifie même désormais comme « l’homme malade du monde occidental ». Certains investisseurs étrangers se désengagent des obligations françaises à l’image du fonds japonais Sumitomo Mitsui DS Asset Management.

 

Coût du financement

 

La solidité des finances publiques influence le coût du financement souverain, qui sert de référence à de nombreux crédits et actifs financiers et une signature publique solide reste un avantage décisif pour l'économie. L’augmentation de la dette publique française et le poids croissant de la charge d’intérêts sont donc problématiques non seulement pour l’Etat, mais aussi pour les entreprises. Car ce niveau élevé, au-delà du remboursement du capital à la charge des contribuables et futures générations, a aussi un effet réel immédiat sur l’économie : coût pour les investissements des entreprises, coût sur les emprunts immobiliers des particuliers, impactant alors la construction de logements, la consommation, etc. Pour l’illustrer, on estime qu’une augmentation de 100 bps du taux souverain provoque une baisse de 0,5 à 1 points de PIB, et fait augmenter le chômage de 0,25 à 0,5 points.

Toutefois, la transmission de ce poids aux entreprises n’est ni uniforme ni automatique : elle dépend de leur notation, de leur exposition au marché domestique, de leur secteur et de leur capacité à se financer auprès d’investisseurs internationaux. Autrement dit, la dégradation du risque souverain renchérit surtout le financement des acteurs les plus dépendants de l’économie et du système bancaire français, notamment les ETI et PME, tandis que certaines grandes multinationales peuvent partiellement s’en affranchir.

 

Qualité de crédit

 

Les dégradations successives de la notation de la France ont constitué un signal négatif, confirmé par la hausse marquée de la prime de risque exigée sur les OAT en 2026. Mais il serait excessif d’en conclure que toutes les entreprises françaises en subiront automatiquement les mêmes conséquences. Les marchés distinguent de plus en plus le risque souverain de celui des grandes entreprises internationales, dont la qualité de crédit repose sur des revenus mondialisés, des bilans solides et une capacité diversifiée d’accès aux capitaux.

Des exemples récents confirment nettement la rupture avec le fonctionnement traditionnel des marchés obligataires. Le 23 octobre, le rendement de l’OAT français à 10 ans a franchi le seuil symbolique de 5% pour la première fois depuis 2002. L’écart avec le Bund allemand dépasse les 170 points de base , signe d’une prime de risque élevée sur la dette française. Dans le même temps, une part croissante des obligations de grandes entreprises françaises se négocie à des rendements inférieurs à ceux des OAT de même échéance : Airbus, LVMH, AXA, TotalEnergies ou Air Liquide bénéficient ainsi, selon les maturités et les conditions de marché, de conditions de financement comparables ou plus favorables que l’Etat.

En novembre 2025 déjà, S&P Global Ratings recensait 93 entreprises et institutions mieux notées que leur Etat dans 22 pays : les sovereign ceiling piercers. Parmi ces « champions de la notation » figurent L’Oréal, Nestlé, Toyota Motors, TSMC ou Embraer. Ce ne sont pas des accidents de marché mais la reconnaissance par les agences que ces groupes tirent une part majoritaire de leurs revenus hors de leur base domestique, disposent d’une base mondiale d’investisseurs et présentent une gouvernance et une solidité financière qui les rendent moins dépendants du risque pays. Le phénomène des Reverse Yankees, par lequel des entreprises américaines choisissent d’emprunter en euros plutôt qu’en dollars, illustre d’ailleurs cette internationalisation croissante des marchés de capitaux et la capacité des grands émetteurs à arbitrer entre plusieurs sources de financement.

 

Obligations

 

Ce phénomène, encore circonscrit à quelques signatures en 2025, a changé d’échelle en 2026, en particulier en France. Début octobre, quelque 215 milliards d’euros d’obligations d’entreprises françaises de qualité se négociaient à des rendements inférieurs à ceux des emprunts d’Etat de même échéance, contre environ 12 milliards en début d’année. Et selon Bloomberg, près de 40 % du stock d’obligations investment grade émises par des entreprises françaises affichait, début octobre, des rendements inférieurs à ceux des OAT sur les maturités moyennes et longues. Malgré le poids du risque souverain, cette évolution montre que les investisseurs peuvent désormais considérer certaines multinationales françaises comme plus prévisibles et plus résilientes que leur Etat d’origine.

L’ampleur de la dette publique française appelle une réponse politique claire, c’est certain. Mais cela ne doit pas conduire à sous-estimer les forces de notre économie. La France compte des champions mondiaux dont la qualité est reconnue par les marchés. Préserver nos finances publiques est indispensable ; continuer à soutenir le développement de ces entreprises l’est tout autant. Les deux sont aujourd’hui les conditions d’une souveraineté et d’une compétitivité économiques durables.

Source : Opens in a new tabL'Agefi